Compagnie Robin

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[Vers 1866]. - Gravure de Thomas Pye représentant les installations de la compagnie Charles Robin and Company à Paspébiac.

En 1766, le jersiais Charles Robin visite la péninsule gaspésienne afin d'en évaluer le potentiel commercial. L'année suivante, il s'installe à Paspébiac pour le compte de la Robin, Pipon and Company. Cette entreprise familiale fondée en 1765, réunissant Charles, John et Philip Robin, opère aussi un établissement à Arichat, sur l'île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

Dès les années 1770, la compagnie expédie des milliers de quintaux de morue séchée en Europe. Percé constitue alors le principal établissement avec plus de 400 engagés venant y pratiquer la pêche durant l'été. Durant la Guerre d'indépendance (1775-1783), des corsaires américains s'attaquent aux établissements de la compagnie. Ils s'emparent des cargaisons, saisissent des navires et brûlent ce qu'ils ne peuvent emporter avec eux. Fait prisonnier, Charles Robin réussit à s'enfuir pour finalement se réfugier à Jersey jusqu'à la fin du conflit.

Après la signature du traité de Versailles, Charles Robin revient en Gaspésie à la tête d'une nouvelle entreprise, la Charles Robin and Company. La compagnie prend beaucoup d'expansion et se démarque de ses concurrents. Au tournant du 18e siècle, elle réussit à tirer profit de la hausse des prix en Europe, notamment durant les guerres napoléoniennes. Après 1815, son commerce s'étend également aux marchés des États-Unis, des Antilles et de l'Amérique du sud.

Au milieu du 19e siècle, le Charles Robin and Company constitue la plus grande entreprise de pêche de l'Est du Canada. Ses navires transportent la "Gaspé Cured", une morue séchée réputée pour sa grande qualité, principalement en Espagne, au Portugal, en Italie et au Brésil. Des ports de Cadix, Lisbonne, Naples ou Rio de Janeiro, les capitaines rapportent des produits qui sont ensuite revendus dans les magasins de la compagnie.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, des crises financières affectent la compagnie. La plus importante survient en 1886 à la suite de la faillite de la Jersey Banking Company. À ce moment, la Charles Robin and Company ainsi que sa rivale, la LeBoutillier Brothers, sont elles aussi entraînées dans la faillite. Les habitants de Paspébiac, ne pouvant plus s'y approvisionner, forcent les portes des entrepôts, emportant avec eux farine et nourriture.

L'événement ouvre une période marquée par la restructuration, la fusion ou la disparition des compagnies jersiaises. En mars 1886, l'entreprise fondée par Charles Robin passe dans les mains d'une autre compagnie jersiaise formée de Gervaise Legros, Edward De La Parelle et Elias Collas. Après une première réorganisation, elle adopte finalement la raison sociale de Charles Robin, Collas and Company en 1891.

En 1910, la compagnie est l'objet d'une nouvelle fusion, cette fois-ci avec les entreprises canadiennes A. G. Jones et A. H. Whitman. Devenue Robin, Jones and Whitman, son siège social quitte l'île de Jersey pour s'installer à Halifax.

La période est marquée par les soubresauts de l'économie mondiale durant les deux guerres mondiales et la crise des années 1930. De plus, la compagnie Robin, Jones and Whitman semble avoir de la difficulté à s'adapter aux changements technologiques qui surviennent dans le secteur des pêches. Parallèlement, on voit émerger les coopératives de pêcheurs, regroupées au sein de la Fédération Pêcheurs-Unis du Québec, qui bénéficient de l'aide gouvernementale, notamment pour la modernisation des bateaux de pêche. Finalement, en 1964, un incendie rase la majeure partie des bâtiments de la compagnie Robin à Paspébiac.

Dans ce contexte, Robin, Jones and Whitman délaisse les pêches pour se concentrer sur son réseau de magasins, un secteur marqué par l'arrivée des grandes chaînes. En 1998, elle doit annoncer la fermeture de son magasin de Chandler. En 2004, elle se met sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers. Les six magasins toujours existants en Gaspésie et en Nouvelle-Écosse ferment leurs portes. À la fin de l'année 2005, la compagnie Robin, alors considérée comme la seconde plus ancienne compagnie canadienne, cesse définitivement ses opérations après 240 années d'opérations.

Le site du banc de Paspébiac, aujourd'hui devenu un centre d'interprétation sur l'histoire des pêches, a été nommé lieu historique d'importance nationale par Patrimoine Canadien en 2003. Dans son allocution, la ministre de Patrimoine Canadien, madame Sheila Copps indique que le banc de pêche de Paspébiac "fut au centre de la première véritable industrie de la pêche au Canada".

Fonds d'archives:

P8 Fonds Robin, Jones and Whitman

Référence :

Musée de la Gaspésie. Artiste: Thomas Pye. Canadian scenery Gaspé. 1866. NAC : 99.28.395.

Un commentaire

LIONEL DÉRAPS

Quel est le nom du film tourner dans les années 1980 ou 1990 sur les (ROBINS EN GASPÉSIE )

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